Arras (paroisse Sainte-Croix), 14.12.1742 – Paris (2e) 28.12.1817. Gentilhomme campagnard et homme de lettres, seigneur de Fosseux, écuyer du Roi, poète, épistolier, homme politique.
Élu le 27 novembre 1762, à l’âge de vingt ans, pour succéder à l'abbé Simon, sur le 12e fauteuil, il est reçu le 26 mai 1763, par l’abbé Delys, directeur de l’année. Secrétaire perpétuel le 3 décembre 1785, il dirige les travaux de la Société jusqu’à sa dernière séance le 4 mars 1791. Son fauteuil est attribué en 1817 au docteur Jouilleton.
Il est le fils unique de Philippe Ferdinand Dubois de Duisans (1662-1751) et de Marie Françoise Manchon (1713-1793), sœur de l’académicien Jérôme Manchon. Son père, écuyer seigneur de Fosseux, marié sur le tard, décède le 2 mars 1751, âgé de 89 ans.
Le jeune Ferdinand qui n’a que 8 ans est élevé par sa mère. Elle lui fait suivre de solides études au collège des Jésuites d’Arras, puis l’emmène à Paris en 1759 pour parfaire son éducation (danse, musique, escrime, mathématiques et physique) avant de lui obtenir en 1760 une charge d’écuyer ordinaire du roi. Il passe six mois par an à la cour de Louis XV à Versailles, de 1760 à 1765, où il se fait d’utiles relations, et les six autres mois en Artois, au château de Fosseux ou dans l’hôtel particulier que son père a fait construire à Arras en 1749. Et déjà, à cette époque, il conserve méticuleusement son abondante correspondance avec sa famille, avec son mentor à la cour, le marquis de Guillemeau de Saint-Souplet, et aussi avec Beaumarchais. Il lit beaucoup, prend des notes et classe méthodiquement ses notes de lecture.
À l’automne 1762, il est admis à la société littéraire d’Arras. Il s’y retrouve avec son cousin Dubois de Duisans, son voisin le baron des Lyons de Bavincourt, son futur beau-frère Le Sergeant d’Hendecourt. Son discours de réception traite en dix-huit pages « De l’utilité de la littérature contre l’ennui, dans la solitude comme dans la société ». Académicien exemplaire, il fait chaque année une communication à ses confrères : « Réflexions sur le Bonheur » (1764), « le Malheur » (1765), « la Lecture » (1766, année où il est nommé directeur).
Le 10 décembre 1765, lassé de ses allers et retours à Versailles et des fatigues inhérentes à sa fonction, il se défait de sa charge d’écuyer du roi et, en 1767, passée son année de directorat, il se met provisoirement en retrait de l’Académie
Le 6 novembre 1769, l’on vit Messieurs de l’Académie se grouper autour de deux de leurs collègues, MM d’Hendecourt et de Fosseux, s’unissant au même autel, aux deux sœurs, Mlles de Boulogne (Laroche). Ce jour-là en effet, en l’église Sainte-Marie-Madeleine à Arras, Ferdinand Dubois de Fosseux épouse Marie Jeanne Thérèse de Boulogne, et son ami Louis Ignace Le Sergeant d’Hendecourt s’unit à Marie Joseph de Boulogne.
Ferdinand est âgé de 26 ans, comme son épouse Marie Jeanne Thérèse, « fille cadette d’un gentilhomme riche » qui lui apporte « une fortune très honnête, beaucoup d’espérances de succession, une figure agréable sans être une beauté et, ce qui vaut mieux que tous les trésors et tous les charmes, un excellent caractère ». Elle est la fille d’Antoine Joseph de Boulogne, et de Marie Thérèse Lallart. Le mariage est célébré par l’oncle maternel des épouses, le chanoine Benoît Lallart, doyen de la cathédrale d’Arras. Les témoins des deux couples sont des hommes qui comptent : Antoine Manchon, commissaire ordonnateur des guerres, Guillaume Antoine Dubois de Duisans, Benoît Lallart, avocat en parlement et échevin d’Arras, Guislain Lallart de Lebucquière, échevin d’Arras, préposé à la recette des finances, le baron Georges François Xavier Des Lyons de Fontenelle, François Joseph Briois de Beaumetz, premier président et chef du Conseil d’Artois, Bon Antoine Lallart de Berlettes, receveur général des États d’Artois.
Après son mariage, Dubois de Fosseux se consacre à la gestion de son domaine (139 hectares de terres labourables et 104 hectares de bois), et à la reconstruction de son château (1770). Après la naissance de ses six enfants entre 1771 et 1779, il délaisse l’agriculture pour se faire leur précepteur.
Vivant alternativement au château de Fosseux et dans le bel hôtel particulier de la rue du Mont-de-Piété à Arras construit par de Fosseux père en 1749, il revient aux belles-lettres en 1775, s’abonnant à plusieurs journaux, reprenant l’acquisition d’ouvrages pour sa bibliothèque : philosophie, histoire, littérature, théâtre, livres classiques, pédagogie. Travailleur infatigable, il accumule les notes de lecture systématiques… Il y en aura au total 34 727, classées et indexées.
Il retrouve le chemin régulier de l’Académie à partir de 1778, et Il reprend ses conférences annuelles : Éloge de Michel de L’Hospital, chancelier de France (avril 1778), Introduction à l’éloge de l’abbé Suger, régent du royaume sous Louis VII (1779), Éloge de Jean-Baptiste Rousseau, [poète et dramaturge] (1780), Éloge de Louis, dauphin, père de Louis XVI (1781), De l’utilité de la langue latine pour les femmes (1782), Des femmes et de l’éducation (1783), L’influence des Grands sur les arts et la littérature, (le 5 décembre 1783 pour accueillir comme académicien honoraire Charles d’Esmangart, le nouvel intendant de Flandre et d’Artois), Réflexions sur la vie de Louis XII (1785), De la langue des femmes, De la tête des femmes (1786), De l’utilité des membres correspondants dans les Académies (1787), Les nerfs (1788), Note sur un manuscrit chinois (1789).
Le 3 décembre 1785, âgé de quarante-trois ans, il est élu secrétaire perpétuel de l’Académie. Il devient le troisième secrétaire de l'Académie, après De Laplace (1737-1741) et Harduin (1741-1785).
À ses yeux l’Académie n’a d’intérêt que si elle est utile. Elle se doit de s’informer pour connaître les avancées du progrès dans tous les domaines et les promouvoir partout. C’est dans ce but qu’il met immédiatement en place un réseau de correspondance avec ceux qu’il estime être les observateurs bien informés de la société ainsi qu’avec ceux qu’il a repérés comme auteurs de travaux utiles. L’académie bénéficiant de la franchise postale, son zèle n’a d’autres limites que sa capacité de travail. Il prend l’initiative de s’adresser d’abord aux médecins, lauréats de la Société de Médecine de Paris et collaborateurs du Journal de Médecine. Il élargit rapidement le cercle de ses correspondants aux ecclésiastiques (vicaires généraux des diocèses et curés de campagne anonymes), aux érudits, aux savants, aux littérateurs, aux avocats, aux autres compagnies savantes…, étendant aux dimensions du royaume le rayonnement de la l’Académie arrageoise. Quand surviennent les évènements révolutionnaires, il envoie questionnaires sur questionnaires à ses correspondants pour qu’ils le renseignent sur le déroulé des évènements là où ils les vivent.
De 1785 à 1792, sa correspondance totalise près de 14000 lettres échangées avec 1103 correspondants, répartis dans 83 départements et quelques-uns en Prusse, en Saxe, aux Pays-Bas autrichiens, en Suisse et jusqu’à Saint-Domingue.
Il ne néglige pas pour autant son engagement civique.
Au début de 1789, il est échevin d’Arras depuis deux ans, il siège aux États d’Artois dans le corps de la noblesse. Du 25 janvier au 25 février, il fait partie de la délégation que la noblesse non entrante d’Artois envoie à Paris auprès de Necker pour faire valoir ses droits contre les prétentions de la noblesse entrante. En mars et en avril, il aide à la rédaction des cahiers de doléances de ses vassaux de Fosseux, du tiers état de la ville d’Arras, du bailliage d’Arras, de la noblesse d’Artois.
Le 25 janvier 1790, il est élu maire d’Arras avec 577 suffrages sur 765 votants (plus de 75% des suffrages). Il s’emploie à la réorganisation de la Garde Nationale, à résoudre la question des subsistances, à ouvrir un atelier de charité pour la fraction importante de la population réduite à la misère, et pour qu’Arras soit choisie comme siège du département. Le 11 mai 1790, il est à Paris, et il s’exprime à la barre de l’Assemblée constituante, lançant l’idée d’une grande fête nationale et locale de la Fédération qui se tient effectivement le 14 juillet 1790 sur le Champ de Mars à Paris. Il organise et préside celle du Pas-de-Calais sur la Grand-place d'Arras le 3 juin 1790.
Le 29 juillet 1790 il est élu président du département par 18 voix sur 34 (53% des voix), il quitte la mairie d’Arras. Appliquant la méthode qu’il pratique à l’Académie, il envoie aux 937 communes du Pas-de-Calais un questionnaire détaillé en vue de préparer la première session du Conseil général prévue pour le 1er octobre. En 1791 il s’efforce de gérer au mieux, à son niveau, le ravitaillement, l’application de la Constitution civile du clergé, les difficultés financières liées à la dépréciation des assignats, les conséquences locales de la fuite du Roi (juin 1791).
Il est réélu à la tête du département en novembre 1791.
Partisan de la légalité , il condamne « la journée du 20 juin 1792 » où la foule parisienne emmenée par les clubs populaires a envahi les Tuileries et conspué le roi. Il entraîne le directoire départemental à rédiger un arrêté dénonçant les outrages subis par le roi et affirmant l’attachement du Pas-de-Calais à la Constitution. Il fait envoyer ce texte à l’Assemblée nationale, au Roi, à tous les départements de France et à toutes les municipalités du Pas-de-Calais. Et il réitère lors de la session extraordinaire du Conseil général le 17 juillet 1792.
Cela lui vaut d’être démis de ses fonctions le 20 octobre 1792, après la destitution du roi, par les commissaires envoyés par l’Assemblée et la Commune insurrectionnelle de Paris pour épurer les autorités indociles. Le Pas-de-Calais n’est pas Paris, Dubois de Fosseux est réintégré dans ses fonctions d’administrateur à la fin du mois de novembre par l’Assemblée électorale du département et réélu à la présidence du Conseil général le 2 décembre 1792.
Il occupe son poste jusqu’au 28 frimaire an II (18 décembre 1793), après l’établissement du Gouvernement révolutionnaire et la transformation des Assemblées départementales.
Malgré sa charge harassante, il a réuni encore occasionnellement l’Académie jusqu’au 4 mars 1791, et continué à communiquer avec ses correspondants jusqu’à janvier 1792. C’est le ministre des Contributions publiques qui porte un coup fatal à ses activités académiques en supprimant la franchise postale. Quand la Convention décrète ,le 8 août 1793 : « Toutes les académies et sociétés littéraires, patentées ou dotées par la nation, sont supprimées », l’Académie d’Arras avait déjà cessé de fonctionner.
La mère de Ferdinand Dubois de Fosseux décède le 5 juillet an II de la République (1793), en son domicile de la rue du Mont-de-Piété, « en présence d’Éléonore Rosalie Dilly 58 ans et Marie Josèphe Grossemy, 30 ans, [religieuses] hospitalières de l’Hôtel-Dieu de la rue Baudimont
Quant à lui, de nouveau élu maire d'Arras le 1er pluviôse an II (20 janvier 1794), il est arrêté et emprisonné le 26 pluviôse an II (14 février 1794), avec sa femme et cinq de ses enfants, en application de l'arrêté de Saint-Just et Lebas ordonnant l'incarcération de tous les ex-nobles. Ils sont libérés le 9 brumaire an III (31 octobre 1794) et se retirent à Fosseux. Son épouse y décède le 30 ventôse an III (20 mars 1795).
Après la Terreur, son ami Lazare Carnot devenu l’un des Directeurs le fait entrer dans les services du Directoire exécutif, le 12 germinal an IV (1er avril 1796), attaché à la rédaction du Journal des Défenseurs de la Patrie. Après l’éviction de Carnot le 18 fructidor an V ( 26 juillet 1797) et son départ en exil à l’étranger, Dubois de Fosseux se fait discret.
Bonaparte, devenu 1er Consul, rappelle Carnot et le nomme ministre de la Guerre. Dubois de Fosseux se retrouve à ses côtés comme chef de bureau de la comptabilité du ministère. Il y reste jusqu'au 1er décembre 1807, année où il se retire de la vie publique.
Quand en 1816, il est sollicité pour contribuer à reconstituer l'académie d'Arras, il exprime ses regrets d'être trop âgé pour pouvoir accepter l'honneur d'y retrouver sa place, d'autant qu'il n'a pas l'intention de revenir en Artois.
Il décède le 28 décembre 1817, à l’âge de 75 ans, en sa demeure parisienne du quartier Feydeau dans le 2e arrondissement , entre la Chaussée d’Antin et le quartier du Palais Royal. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise.
Il est sans conteste l’académicien qui a donné son renom à l’Académie d’Arras. Le chanoine Léon Berthe l’a révélé dans sa monumentale thèse.
Sources
État civil : naissance, AD 62, 5 MIR 041/20, p. 19/1418 ; mariage, AD 62, 5 MIR 041/17, p. 1141-1142/1388, décès, AD 75, 5 Mi1 1187, 28/12/1817-30/12/1817, vues 5-6. Décès de son épouse, AD 62, 5 MIR 347/2, vue 113/1021. Marie Françoise Manchon (sa mère), naissance, AD 62, 5 MIR 014/2, p.1202/1274 ; mariage, AD 62, 5 MIR 041/17, p. 677/1388 ; décès, AD 62, 5 MIR 041/49, p.57/1436.
DUBOIS DE FOSSEUX, Journal de l’Académie, compte rendu des séances, Décembre 1785 - Mars 1792, Archives de l’Académie.
LAROCHE Paul, « Discours de réception », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXIX [1856], p. 170-196,
Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863, p. 478-495, 508-539.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p. 40, 60, 70-71, 225, 235, 296
HAUTECLOCQUE de Gustave, « Inventaire des archives de l’Académie d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 2e série, t. XXVIII [1897], p. 52, 54, 62, 63,64, 65.
BERTHE Léon-Noël, Dubois de Fosseux secrétaire de l'Académie d'Arras, 1785-1792, et son bureau de correspondance, 459 p., 1969.
BERTHE Léon-Noël, Dictionnaire des correspondants de l'Académie d'Arras au temps de Robespierre, 221 p., 1969.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 21, 30, 34, 38, 39, 40, 43, 53, 60, 69, 71, 85, 86.