Arras (?) 25.10.1730 (?) – Arras 16 germinal an II (05.04.1794). Chevalier d'honneur au Conseil provincial d'Artois.
Élu en 1760 pour succéder à son père, Adrien-Joseph Le Sergeant de Ransart sur le 8e fauteuil, il est reçu le 29 mars 1760, par Pierre-Grégoire-Marie Enlart de Grandval, directeur en exercice. Lors de la restauration de l’Académie en 1817, le 8e fauteuil est attribué à Charles Sylvestre Letombe.
Seigneur d’Hendecourt, il est le fils de l'académicien Adrien Joseph Le Sergeant de Ransart et de Marie Josèphe Le Carlier. Il est le cinquième d’une fratrie de sept enfants.
Il devient chevalier d’honneur au Conseil d’Artois à la suite de son père, en 1750.
Agé de 29 ans, Il épouse en l’église de Saint-Jean-en-Ronville, le 7 avril 1760, Marie-Dorothée Clotilde Deslyons (1742-1767), fille d’Hector Adrien Louis Deslyons et de Marie Dominique Dorothée Deslyons, Les témoins sont les oncles de la mariée : Édouard Marie Joseph Deslyons de Moncheaux, Georges François Xavier Deslyons de Fontenelle, Louis Joseph Cornil Deslyons de Noircarme. Son épouse décède le 21 janvier 1767 dans la paroisse de Sainte-Croix, à l’âge de 25 ans, sans lui avoir donné d’enfants. Elle est inhumée le surlendemain dans l’église du couvent des Carmes chaussés de la rue Saint-Jean-en-Ronville, en présence de François Joseph Briois, premier président et chef du Conseil provincial et supérieur d’Artois, et du chevalier Milles Vaast Édouard Deslyons de Moncheaux.
Louis Ignace Le Sergeant se remarie le 6 novembre 1769, en l’église de Sainte-Marie-Madeleine, avec la jeune Marie-Josèphe de Boulogne (1748-1790), fille d’ Antoine Joseph de Boulogne (1717-1788) et de Marie Thérèse Lallart (1723-1751). Dans la même cérémonie, son ami Ferdinand Dubois de Fosseux épouse Marie Jeanne Thérèse de Boulogne, sœur cadette de Marie Josèphe. Les deux nouveaux beaux-frères siègent ensemble à l’Académie d’Arras.
De cette union naissent neuf enfants entre 1770 et 1790. Malheureusement Marie Josèphe de Boulogne décède en accouchant du dernier, Louis Benoît, le 25 mai 1790. Le baptême est célébré à la maison, dans la plus stricte intimité, et le nouveau-né ne reçoit pour parrain et marraine qu'un frère et une soeur ; l’acte est signé en leurs noms par deux domestiques. Après un service solennel présidé par le chanoine Jean Poulin (future victime du tribunal révolutionnaire) et le clergé de la paroisse Saint-Jean-en-Ronville, leur mère est inhumée le surlendemain au cimetière de Saint-Nicaise, en présence seulement de l’aîné de ses fils, Louis Antoine Joseph Le Sergeant, et du chevalier Adrien François Marie de Hauteclocque.
Ces bonheurs et malheurs familiaux n’ont pas altéré l’intérêt de Louis Ignace Le Sergeant pour l’Académie dont il est membre depuis l’année de son premier mariage. Il n’est pas de ceux qui prennent régulièrement la parole pour disserter ou exposer les résultats de recherches personnelles. C’est pourquoi les annales de la société ne le mentionnent guère. Toutefois, le Journal de l’Académie tenu par le secrétaire général Dubois de Fosseux de décembre 1785 à mars 1791, montre qu'il était un académicien assidu et actif. Généralement présent de décembre à avril, il est élu chaque année commissaire pour l’examen des mémoires reçus pour les concours, ce qui témoigne de sa disponibilité, de ses capacités et de l’estime dans laquelle le tenaient ses confrères.
Le 3 décembre 1785, vingt mémoires répondent à la question « Est-il utile en Artois de diviser les fermes et, dans le cas de l’affirmative, quelles bornes doit-on garder dans cette division ? » ; le 9 décembre 1786, six mémoires sur les chemins « Est-il avantageux de réduire le nombre des chemins de village en Artois et de donner à ceux que l’on conserverait une largeur suffisante pour être plantés ? » ; le 1er décembre 1787, huit mémoires sur la question. « Quel est le meilleur moyen pour faire des pâturages propres à multiplier les bestiaux en Artois ? » ; le 26 décembre 1788, quatorze mémoires « Quelle est la meilleure manière de rendre invariables les bornes champêtres ? ». Il n’y a pas eu de concours en 1789 et 1790. Mais le 25 février 1791, Louis Ignace Le Sergeant est toujours là, chargé avec François Guillaume Boucquel de la Comté, d’examiner le seul mémoire reçu en ces temps troublés, « Quelle est la meilleure manière d’exploiter les bois taillis ? À quel âge est-il plus avantageux de les couper ? et quel nombre d’arbres montants convient-il d’y laisser ? » ; l’autre question proposée pour le concours de 1791, « Quels sont les meilleurs moyens de multiplier les bêtes à laine dans la province d’Artois et de procurer aux laines une qualité plus parfaite ? » n’avait reçu aucun mémoire…
Il n’est pas présent à l’ultime séance de l’Académie le 4 mars 1791.
Le Dictionnaire des correspondants de l’Académie d’Arras au temps de Robespierre du Chanoine Léon-Noël Berthe, évoquant la correspondance de Louis-Ignace Lesergeant d’Hendecourt, distingue la correspondance académique, relativement restreinte (27 lettres envoyéeset 16 reçues), de la correspondance personnelle, plus importante (196 lettres).
En vertu de la loi des Suspects, ses enfants les plus âgés ayant émigré, il est arrêté avec le reste de sa famille le 15 vendémiaire an 2, (6 octobre 1793), conduit à la prison de l’Abbatiale puis à celle de l’Hôtel-Dieu où il retrouve ses deux filles cadettes et son dernier né. Il est inculpé en 1794 pour avoir signé, lors de l’assemblée générale des États d’Artois, le 29 avril 1789, la protestation de la noblesse entrante réclamant au Roi le maintien des privilèges de son ordre et de sa province. Cette déclaration jugée a posteriori « contraire aux principes de la liberté et de l’égalité » suffit au tribunal révolutionnaire d’Arras pour le condamner à mort. Il est guillotiné séance tenante, le 16 germinal an 2 (5 avril 1794), avec quatre autres signataires de la protestation et l’avocat François-Joseph Blaquart, rédacteur du texte incriminé. Ses enfants sont libérés après Thermidor, mais sa fille Marie Osite Bénédicte, la marraine du dernier-né, affaiblie par les conditions de sa détention, décède en leur domicile de la rue des Portes Cochères, le 10 nivôse an 3 (30 décembre 1794), à l’âge de vingt ans.
Sources
État civil de Louis Ignace Joseph Le Sergeant d’Hendecourt : premier mariage AD 62, 5 MIR 041/8, p. 430/ 1347 ; décès de sa première épouse, AD 62, 5 MIR 041/20, p. 1286/1418 ; second mariage, AD 62, 5 MIR 041/17, p. 1141-1142/1388 ; décès : AD 62, Registre des personnes guillotinées à Arras (14 ventôse an II- 17 pluviôse an III), 39 Ms 30, (folio 7), p. 5/29. - Naissance de Louis Benoît Le Sergeant le 25 mai 1790 (paroisse Saint-Jean-en-Ronville) AD 62, 5 MIR 041/8, p. 949/1347 ; décès de Marie Josèphe de Boulogne le 27 mai 1790, (paroisse Saint-Jean-en-Ronville, AD 62, 5 MIR 041/8, p. 949/1347. - Décès de Marie Osite Bénédicte Le Sergeant, AD 62, 5 MIR 041/49, p. 1158/1436.
DUBOIS DE FOSSEUX, Journal de l’Académie, compte rendu des séances, Décembre 1785 - Mars 1792, Archives de l’Académie.
PARIS J.A., La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord, Histoire de Joseph Le Bon et des Tribunaux Révolutionnaires d’Arras et de Cambrai, Arras 1864, p.
Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863], p. 468.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p . 40, 66, 68, 70-71, 225, 234.
BERTHE Léon-Noël, Dubois de Fosseux secrétaire de l'Académie d'Arras, 1785-1792, et son bureau de correspondance, p. 65, 75, 76, 80-82, 87, 120, 124, 127, 131.
BERTHE Léon-Noël, Dictionnaire des correspondants de l'Académie d'Arras au temps de Robespierre, , notice 704, p. 144.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 20, 23, 85.