Arras (paroisse Sainte-Marie-Madeleine) 11.09.1738-Arras 01.03.1819. Chevalier, officier d’infanterie, député de la noblesse aux États d’Artois, major de la ville et cité d’Arras.

Élu le 22 mars 1788 pour succéder à Antoine Dubois de Duisans sur le 23e fauteuil, il est le dernier académicien élu avant la Révolution. Il est reçu le 2 avril1788 par Charles Ansart, directeur de l’année.

Fils de Charles-Louis de Thieulaine, écuyer, seigneur de Neuville et Hauteville, et de Marie-Barbe Fruleux, il naît dans l’hôtel familial du Sermon en Castel, au coin de la rue Saint-Denis. Son oncle du côté maternel et parrain est l’académicien Louis Fruleux d'Attecourt, secrétaire à la chancellerie du Conseil d’Artois dont le fils, Jean Fruleux de Souchez, est aussi académicien.

Son père Charles est issu « d’une famille bien alliée qui compte parmi ses ancêtres, Daniel de Thieulaine, anobli en 1439 ». De fait, les Thieulaine sont parmi les plus anciens nobles de la ville. Charles sert dans le régiment d’Aunis et est pendant 25 ans conseiller au Conseil d’Artois. Il obtient du roi en avril 1751, des lettres de chevalerie héréditaire. Deux ans plus tard, il est autorisé ainsi que ses neveux à prendre pour supports de ses armoiries qui sont un « fascé  d’argent et d’azur de dix pièces à la bande de gueules chargée de trois aiglettes d’or brochant sur le tout », deux aigles et pour cimier une aigle.

Après avoir rapidement achevé ses études, Jean Guillaume s’engage comme son père dans la carrière militaire à 16 ans, le 8 septembre 1754, comme enseigne dans le régiment d’infanterie de Bourbon, il y devient lieutenant en 1755. Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), il gagne ses galons de capitaine. Il est réformé en 1763 à la signature du traité de Versailles. Il rentre alors à Arras.

Ses parents lui donnent le 12 novembre 1765, terre, fief et seigneurie d’Hauteville et il entre ainsi sans difficulté, vu aussi l’ancienneté de sa noblesse, dans la Chambre de la noblesse des États d'Artois.

À l’âge de trente-quatre ans, il épouse en premières noces, à Steenvoorde, le 22 octobre 1772, Anne-Claire-Thérèse de Loyen (1752-1810), native de Bergues. Elle est la fille de Jean Joseph de Loyen, avocat au parlement de Flandre, et d’Anne Claire Joets, dame de Montigny. Elle est aussi la nièce de l’académicien Charles-Louis Cardon, époux de Marie Louise Isabelle Joets. Comme Jean Guillaume avait l’intention de continuer le service qu’il avait repris comme commandant d’une compagnie colonelle en 1769, il est convenu que les époux peuvent demeurer soit chez leurs parents, soit chez leur tante, en attendant de se mettre en ménage ! Est-il étonnant que ce mariage fût sans descendance ?

La mort de son père en 1773 lui permet d’entrer dans la pleine jouissance de ses biens. Jean Guillaume ne veut pas vivre tranquillement comme un gentilhomme, de ses rentes. C’est un homme d’action. Il devient chevalier de l’ordre de Saint-Louis le 5 avril 1780, passe au bataillon de garnison du Cambrésis en 1782 et obtient, le 17 septembre 1783, un poste qui lui permet de se fixer enfin à Arras en qualité de major de la place. Son prédécesseur n’est autre que son beau-frère Charles-Louis de Cardon et on peut penser que cela a dû faciliter cette nomination.

Il est élu à l’Académie sur la proposition de Dubois de Fosseux, pour remplacer Antoine Dubois de Duisans. Dans son discours de réception, le 2 avril 1788, il rend un hommage appuyé à son prédécesseur, avant de détailler « les obstacles qui s’opposaient à ce que les jeunes militaires cultivassent les belles-lettres à l’époque à laquelle il est entré en service ». Poète, il termine la séance par la lecture d’un sonnet badin adressé à lui-même. Lors de la séance ordinaire du 9 janvier 1789, il adresse un madrigal au duc de Guînes présent ce jour-là. Dès lors, Thieulaine assiste à presque toutes les séances de l’Académie, jusqu’à la séance ultime du 4 mars 1791, alors qu'il vient d'être élu chancelier le 25 février 1791.

Représentant de la noblesse aux États d’Artois, il signe le 29 avril 1789, la protestation de la « noblesse entrante», contre le mode d’élection des députés aux États Généraux : pour que le nombre des députés du Tiers soit égal à celui des deux ordres privilégiés réunis, les députés seront élus par des assemblées de bailliage, proportionnellement à la population. Les signataires de la pétition arguent que ce mode d’élection est contraire aux « privilèges, droits, coutumes, lois et usages de la province d’Artois ».

L’enquête du département minutieusement renseignée par le curé et maître d’école Pouillaude  en 1790 pour Hauteville, montre une communauté villageoise pauvre, comptant de plus en plus de mendiants, qui est en conflit avec Thieulaine depuis des décennies : « Nous fûmes obligés de soutenir un procès au Parlement de Paris il y a environ 33 ans contre le seigneur du lieu au sujet du droit de bannalité de four et moulin et pour soutenir ce procès nous fûmes obligés de prendre de l’argent à cours de rente. Cela n’a pas empêché que nous perdîmes le procès du four et nous gagnâmes celui du moulin ». Les deux places publiques du village ne procurent aucun « agrément » à la commune, car elles sont plantées d’ormes et de bois blancs par les seigneurs qui en ont toujours été propriétaires, complète Pouillaude.

Même si Thieulaine fait partie des nobles libéraux favorables à l’évolution de la société, Joseph Le Bon n’oublie pas la protestation de 1789, et l’esprit de caste dont elle témoigne : « Considérant que cet acte non désavoué subsiste toujours, et que par conséquent le patriotisme affecté depuis par quelques-uns des signataires n'est qu'une conjuration plus adroite contre la liberté ; arrête qu'à la diligence de l'accusateur public, tous les signataires de la dite protestation restés en France, s'ils ne sont arrêtés, le seront sans délai, et seront, de plus, traduits au tribunal révolutionnaire séant en cette commune. » Il n’est pas impossible que les sentiments patriotiques de Thieulaine n’aient été sincères. En effet, ayant perdu un jour son portefeuille au théâtre, il le réclame au Comité de surveillance en signalant qu’il y a dedans deux lettres anonymes : « Dans l'une, datée de Tournai, je suis traité de monstre et de scélérat, pour avoir abandonné le parti de la noblesse et avoir eu de la prépondérance dans la société patriotique d'Arras en 1791. Comme l'aristocratie est toujours à l'affut pour nuire à un patriote, l'époque où je fais cette déclaration servira de bouclier au coup que l'on pourrait porter à mon patriotisme. » Il signe cette lettre : «Thieulaine, membre de la société républicaine d'Avesnes-Egalité». Peut-être est-ce un coup bien calculé pour échapper à la hargne de Le Bon.

Le 5 octobre 1793, il est arrêté comme suspect avec sa femme et incarcéré à l’Hôtel-Dieu. Joseph Le Bon doute beaucoup de son civisme : « Me trouvant, dit-il, à la Société populaire, je parlai de cette protestation et de ceux qui l'avaient signée. Je n'oubliai pas le nom de Thieulaine. Je m'y arrêtai d'autant plus que cet homme, durant la Révolution, avait affecté de fréquenter les patriotes. Ne serait-il qu'un traître mieux déguisé que les autres personnes de sa caste ? ». En mars 1794 (thermidor an II), Thieulaine est traduit devant le tribunal révolutionnaire d’Arras. Les jurés ne partagent pas l’avis de Le Bon, et trouvent que « la conduite civique que Thieulaine avait tenue depuis 1789 valait de sa part un désaveu de la délibération ». Il est donc acquitté, mais maintenu en état d'arrestation en qualité d'ex-noble. Le Bon ne peut s'empêcher de fulminer dans sa loge au théâtre contre ce verdict : « Vous n'êtes que des lâches ! Comment ! vous n'avez pu avoir le courage de condamner à mort ce scélérat de Thieulaine ? » 

Il n'est libéré que par la chute des Montagnards, le 9 thermidor an II. Ses co-accusés, Ange Ghislain Joseph de Beaulaincourt, Henri de Wasservas d’Haplincourt, Eugène Lamoral d'Aix de Remy et les académiciens Louis Ignace Le Sergeant d'Hendecourt et Ignace-Godefroy de Lannoy de Beaurepaire sont condamnés à mort et exécutés le 16 germinal an II (5 avril 1794). Son défenseur, l’avocat Charles Joseph Le Ducq , sera traduit à son tour devant le tribunal révolutionnaire par Le Bon, mais acquitté lui aussi. Il deviendra académicien en 1817.

Sous le Consulat, Thieulaine est nommé conseiller général en 1800. Il conserve ce mandat jusqu’à sa mort en 1819. En 1806, il est aussi nommé chef de la 3e cohorte de la 8e légion de la Garde nationale, qui était celle de l’arrondissement de Saint-Pol dont dépendait sa terre de Hauteville. Il conserve cette fonction jusqu’à la fin de l’Empire.

Il fait reconstruire à ses frais l’église de Hauteville démolie pendant la Révolution. Elle est consacrée par Mgr de la Tour d’Auvergne le 8 août 1808.

Son épouse décède en son château de Hauteville le 7 janvier 1810.

Le 9 janvier 1811, à Barly, il se remarie, à l’âge de 72 ans, avec Rosalie Norbertine Gaspardine Eulalie Noizet de Saint-Paul (1788-1858), sa cadette de 50 ans, fille de Jean-François-Gaspard Noizet de Saint-Paul (qui deviendra académicien d’Arras en 1817) et de Bernardine-Clotilde Jacquemont du Donjon, d’Hesdin, sans doute lointaine cousine de l’abbé Jacquemont, académicien lui aussi en 1789. Il a pris comme témoin, son voisin, Jean Vindicien Blin de Varlemont, propriétaire du château de Barly.

Il signe en 1816 le vœu du Conseil général en faveur du rétablissement de l’Académie d’Arras. L’arrêté préfectoral du 7 mai 1817, portant rétablissement de la Société royale d’Arras, le met en tête de la liste des nouveaux académiciens, avec les quatre autres survivants, de Granval, Brandt de Galametz, Ansart et Buissart. Doyen d’âge, il préside la séance d’installation de l’Académie restaurée. Mais se sentant trop âgé, il donne sa démission le 6 septembre 1817, en ces termes : « J’ay l’honneur de vous prier de faire part à MM. les membres de l’Académie d’Arras de mes regrets de ne pouvoir rester académicien de cette ville ; j’ay bien assez de fortune pour contribuer aux frais que devra entraîner son rétablissement, mais je suis trop dépourvu de science pour m’acquitter du tribut que chaque membre luy doit.  Il y a deux saisons dans la vie pour cultiver les talents qu’on reçoit de la nature et de l’éducation : le peu que j’ai reçu de l’un et de l’autre n’a été employé qu’au métier des armes. N’ayant pas reçu comme Adam la science infuse, j’ay la franchise d’avouer que je sçais trop peu de chose pour être académicien. Dans ma soixante-dix-neuvième année, ce seroit en vain que je m’instruiray pour me rendre digne de cette place. On peut en tout tems continuer l'étude, non pas l’escholage, dit Montaigne : la sotte chose qu’un vieillard abécédaire. »

Il est remplacé le 1er avril 1818 par le docteur Auguste Duchateau.

Il meurt dans l’hôtel familial de la rue Saint-Denis dont l’enseigne est devenue Le Cœur de Ville, le 1er mars 1819. Son beau-père, l’académicien  Jean François Noizet de Saint-Paul maréchal de camp, signe comme témoin son acte de décès. Il est inhumé dans le cimetière d’Hauteville.

Sources

État civil : naissance AD 62 5 MIR 041/17, p 632/1388 ; mariage avec Anne Claire Thérèse de Loyen, AD 59, 5 Mi 038 R 028, p. 795/1040 ; décès de son épouse, AD 62, 5 MIR 418/1, p. 926/1498 ; second mariage avec Rosalie Noizet de Saint-Paul, AD 62,5 MI 084/2, p.564-567/1541 ; son décès, AD 62, 5 MIR 041/53, p. 518/1465.

AD 62 1 L 23 f° 33-85 (lettre de Pouillaude)

DUBOIS DE FOSSEUX, Journal de l’Académie, compte rendu des séances, Décembre 1785 - Mars 1792, Archives de l’Académie d’Arras, p. 58-76.

Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863], p. 554-559.

PARIS Auguste Joseph, « Les victimes du 16 germinal (5 avril) », dans La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord. Histoire de Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires d’Arras et de Cambrai, 1864, p. 252, 254, 255, 670, 673.

VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p. 44, 60, 66, 68, 239,

CAVROIS Louis, « M. de Thieulaine d’Hauteville » dans « Histoire de mon fauteuil (23e de l’Académie) », Mémoires de l’Académie d’Arras, 2e série, tome XV [1884], p. 359-376.

DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 17, 20, 41.

Almanach historique d’Artois pour 1789 (analyse de son discours de réception à l’Académie)

Villes et villages du Pas-de-Calais en 1790, district de Saint-Pol, p. 407 sq