Arras (paroisse Saint-Nicolas-en-l'Âtre) 27.02.1759 – Béthune 09.06.1823. Avocat au Conseil d’Artois et poète, un des fondateurs des Rosati.
Il est reçu le 7 janvier 1786 par Jean-Alexandre Brandt de Galametz, directeur de l’année, pour succéder à Eugène Armand Blocquel de Wismes sur le 10e fauteuil fauteuil dont il est le dernier titulaire avant la Révolution. Louis François Crespel est élu en 1817 pour lui succéder.
Il est né dans une famille d’artisans et de petits commerçants, fils d’Antoine Joseph Legay et d’Angélique Élisabeth Monchiet. Après de brillantes études à l’université de Douai dont il sort licencié en droit, il est reçu, en tant qu’avocat au Conseil d’Artois le 13 novembre 1783.
D’après la Biographie nouvelle des contemporains (1826), il aurait plaidé pour les opposants au paratonnerre installé à Saint-Omer par Charles-Dominique de Vissery de Bois-Vallé défendu par Robespierre.
Il devient franc-maçon en 1778. Il « composait quelques morceaux d’architecture pour ses collègues de la loge de l’Amitié… Très jeune encore, à 19 ans, il s’était fait recevoir à cet atelier, où ses frères, qui avaient apprécié ses hautes qualités morales et qui aimaient son esprit aimable et enjoué, le choisirent bientôt pour trésorier, puis l’élevèrent, deux ans plus tard, à la seconde dignité de la loge, à celle de surveillant ».
En parallèle à sa carrière d’avocat, il écrit des poèmes et publie en 1786 Mes Souvenirs, puis Opuscules poétiques. Son premier recueil bénéficie d’une épigraphe de Lazare Carnot :
Heureux qui, dans ses vers, fixant de sa jeunesse
Les chagrins passagers, les fugitifs plaisirs
Se ménage de loin, pour charmer sa vieillesse
La ressource des souvenirs.
Il est ainsi l’un des fondateurs des Rosati. Le 12 juin 1778, partis de bonne heure le long de la Scarpe, neuf jeunes gens âgés de 17 à 28 ans, étudiants en droit ou avocats, font une halte à Blangy dans un jardin fleuri, dînent et boivent joyeusement. Chacun y va de son poème et Le Gay, sortant de ses poches des myriades de pétales de roses, les répand et s’écrie : Amis, qu’un si beau jour renaisse tous les ans et qu’on l’appelle la fête des roses. Les Rosati, anagramme d’Artois, viennent de naître. Le Gay est le principal animateur de la société anacréontique et c’est encore lui qui, en 1800, tente de redonner vigueur aux Rosati d’Artois dont les débuts sont concurrencés par la création en 1797 des Rosati de Paris. C’est aussi à Legay que l’on doit, en 1812, sur Jacqueline et Colas, les deux géants d’Achicourt, une chanson qu’il écrit pour la fête d’Arras et qui inaugure la coutume d’une création annuelle.
Le secrétaire perpétuel de l’Académie d’Arras, Alexandre-Xavier Harduin (1718-1785), avec qui Legay est très lié et qui l’a beaucoup encouragé, l’introduit à l’Académie où il est admis en 1786, et à qui il adresse plusieurs poèmes :
Le bonheur, songe, 1786.
Aux mânes d’un ami. Les pigeons d’Arras, 1786.
Pensées d’automne, 1787.
Le père d’un supplicié à son ami, 1787.
Conseils à une demoiselle, 1787.
Ananie, 1787.
L’amour de la Patrie, 1789.
Il a aussi prononcé « à une séance publique de l’Académie », en 1787, un discours sur Le célibat et le divorce, publié à Douai en 1816 chez Séraphin Carpentier (In-8° de 32 pages).
C’est à cette époque (1787 ou 1788) qu’il épouse à Bouchavesnes (Somme), Marie Catherine Joseph Magnier (1760-1848) dont il aura quatre enfants. Les deux premiers sont des filles qui naissent à Arras (paroisse Saint-Maurice) : Josèphe Scolastique Félicité, le 6 février 1789 et Adélaïde Jeanne Rose, le 1 avril 1790. Signe de l’ancrage de Legay dans « la bonne société », le parrain choisi pour cette deuxième fille est Jean Baptiste Gaston Baillet de Vaugrenaut, chevalier, major de la citadelle d’Arras, chevalier de Saint-Louis.
La Révolution donne un nouveau cours à sa carrière qui le coupe de ses relations antérieures. En octobre 1790, il est nommé commissaire du roi au tribunal du district de Saint-Pol. C’est là que naît le 8 novembre son troisième enfant, Hippolyte Louis Joseph, qui fera une belle carrière d’enseignement et terminera proviseur du lycée Bonaparte à Paris. Il exerce en 1791 les fonctions de juge au tribunal d'Arras, puis au tribunal civil du Pas-de-Calais à Saint-Omer.
« Il avait applaudi au triomphe de la Révolution et, comme magistrat, pris part à toutes les fêtes patriotiques. Le 14 juillet 1792, nous le voyons même composer une pièce de vers, pour l’anniversaire de la prise de la Bastille. Voici deux strophes de ce poème : « Peuple qu’enchaîne un roi, le crois-tu plus qu’un homme ?/ N’est-tu donc qu’un troupeau, dont il est l’héritier ? /Tes bras toujours actifs, dans les champs, sous le chaume, Sont-ils à ce despote altier ? / Ces trésors sont les tiens, ta force est sa puissance ; / Veux-tu n’obéir plus, il cesse d’opprimer. / Vois ces affreuses tours d’où tonne sa vengeance, / Parais, elles vont s’abîmer ! »[1]
Pendant la Terreur, en 1794, Louis Joseph Legay accepte le rôle d’assesseur au Tribunal révolutionnaire d’Arras où il fait preuve de modération, puis il est juge à Cambrai. Le Directoire ne lui en tient pas rigueur. En 1796, quand naît à Arras, le 25 nivôse an IV (15 janvier 1796), son quatrième enfant, Floride Hyacinthe, il est juge au tribunal civil du département du Pas-de-Calais et président du tribunal correctionnel d’Arras. Ce dernier fils deviendra lui aussi enseignant à Paris, mais il décèdera prématurément en 1849.
Sous l’Empire, Louis Joseph Legay est commissaire du gouvernement au tribunal de première instance de Béthune. Sous la Restauration, il paye le prix de ses engagements révolutionnaires. Procureur impérial à Béthune, il est rétrogradé comme simple juge d’instruction lors de la réorganisation de 1816. Il décède à Béthune, encore en exercice, à l’âge de 64 ans, le 7 juin 1823.
Notons que le musée d’Arras a acquis en 1989 le portrait présumé de Le Gay par François-Joseph Langlé (1764-1828) qui le représente tenant de la main droite le code civil et de l’autre, une rose, symbole de son attachement aux Rosati.
Sources
État civil : naissance, AD 62, 5 MIR 041/25, p. 938/1450 ; décès, AD 62, p. 551/1414 ; naissance de son fils Hippolyte Louis Joseph, AD 62, 3 E 767/9, p. 94/173 ; naissance de son fils, Floride Hyacinthe, AD 62, 5 MIR 041/31, p. 801/1426.
ARNAULT et alii, « Le Gay », Biographie nouvelle des contemporains, XI (1826), p. 256-257.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p. 60, 66,68, 227, 316, 320.
HAUTECLOCQUE de Gustave, « Inventaire des archives de l’Académie d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 2e série, t. XXVIII [1897], p. 54, 74.
OTT Jean, Sous le signe de la Rose, t. II, Paris, 1934.
LESUEUR Émile, La franc-maçonnerie artésienne…, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k316976z
CAUDRON Louis, Histoire des Rosati du vingtième siècle.
DUMONT Martin, « Le Gay », Dictionnaire de biographie française, 2009, p.898-899.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 27, 28.
PASCAL Jean Noël, « De la difficulté d’être un poète personnel : le cas de Louis Joseph Legay (1759, 1823) », Orages, 2019/1, n°18, p. 219-240.
Gérard Devulder