Arras (Sainte-Croix) 17.03.1737 – Arras 24.05.1820. Avocat, conseiller assesseur de la maréchaussée royale, ami de Robespierre, physicien réputé localement.
Élu pour succéder au conseiller Le Roy d'Hurtebise sur le 26e fauteuil, il est reçu le 13 avril 1777 par le directeur en exercice, Louis Cauwet de Basly. Il est directeur de l’Académie en 1780 et chancelier en 1786. Il occupe son siège jusqu’à la Révolution.
Il est le troisième des sept enfants de Jacques-Philippe Buissart, procureur au Conseil d'Artois, et de Thérèse Angélique Douchet. Les Buissart font partie de la riche bourgeoisie de robe arrageoise. « Les portes de la haute société leur étaient ouvertes et leur salon de la rue des Coclipas recevait tout ce que la capitale artésienne comprenait de distingué et de lettré » (Louis Jacob).
Après d’excellentes études où il exprime un goût prononcé pour les sciences, il est reçu avocat en 1760, puis accède à la magistrature : nommé juge à l’élection provinciale en 1781, il devient en 1782 assesseur au siège prévôtal de la maréchaussée royale. Ces postes lui laissent assez de loisirs pour pratiquer les sciences physique qui sont sa grande passion.
Élu à l’Académie en 1777, il s’y affirme comme spécialiste de la physique appliquée à la météorologie, thème invarié de ses nombreuses communications. Le 12 février 1789 il expose les motifs qui l’ont amené à construire un hygromètre comparable, dont il a présenté une première version en 1773 au concours de l’Académie d’Amiens, et qu’il a perfectionné en 1775. Le 10 avril 1789 il présente les principes de construction de ce nouvel hygromètre. Le surlendemain, 12 avril 1789, il lit un mémoire « sur les avantages qui peuvent résulter d’un hygromètre comparable pour l’astronomie, la navigation, la géométrie, la physique, la médecine et l’agriculture ». Devenu directeur de l’Académie en 1780, il ouvre la séance publique par la lecture d’un mémoire sur quelques trombes terrestres (tornades) qu’il a observées en 1770 à Pommier, en 1777 à Billy-Berclau, et en 1779 près de Saint-Amand en Flandre ; il en propose l’explication par des décharges d’électricité « dont on pourrait se prémunir par la pose de conducteurs électriques tant dans les villes que dans les campagnes ». Il réitère le 24 avril 1781 en montrant « les avantages que l’on pourrait retirer de la multiplicité des conducteurs électriques du paratonnerre s’ils étaient espacés convenablement dans les villes et les campagnes » : ils pourraient servir de bornes champêtres, de colonnes milliaires, donnant ainsi le moyen de vérifier les latitudes et les longitudes. Il reste dans son domaine le 10 avril 1782, en révélant que le beffroi d’Arras était équipé par hasard d’un paratonnerre qui l’a garanti depuis le XVIe siècle des atteintes de la foudre. Le 29 avril 1783 il explique que « le flux et le reflux perpétuel de la matière électrique dus aux variations continuelles de la chaleur, de l’humidité et du poids de l’air, produisent la plupart des phénomènes météorologiques que l’on observe dans le ciel et sur la terre ». Le 6 avril 1785, il explique « pourquoi et comment les physiciens avaient pu conjecturer que l’hiver de 1775 allait être rigoureux ». En 1785 il lit encore un mémoire sur la température. On comprend pourquoi ses confrères de l’Académie l’ont surnommé "Baromètre".
Il acquiert une notoriété nationale lors du procès retentissant dit « du paratonnerre ». Au cours de l’été 1782, à la demande de Robespierre chargé de la défense, il avait été invité à s’exprimer comme expert lors du procès en appel devant le Conseil d’Artois de Charles Vissery de Bois-Valé, condamné par le tribunal de l’échevinage de Saint-Omer pour avoir installé un paratonnerre sur son immeuble. Une fois le procès gagné, la presse locale et nationale fit l’éloge des deux avocats, et notamment de Buissart, auteur, précise Le Mercure de France, d’un « mémoire très estimé, qui peut être regardé comme un traité de physique intéressant sur cette matière ». L’année suivante, Buissart contribue à l’entrée de Robespierre à l’Académie d’Arras. De 1785 à 1791, il est un des académiciens des plus assidus. Il remplace le secrétaire Harduin après son décès, pendant trois mois, jusqu’à l’élection de Dubois de Fosseux le 3 décembre 1785.
Il se marie le 2 juin 1778 devant un parterre d’avocats. Il épouse Charlotte Albertine Billion, (1753-1821), cinquième des six enfants de Joseph Billion, avocat au Conseil d’Artois, et d’Armande Ansart, elle-même fille, veuve et mère d’avocats, cousine du premier président Briois de Beaumetz. Les témoins sont eux aussi gens de robe : Philippe Florent Buissart, avocat au Conseil d’Artois et frère de l’époux, François Joseph Billion avocat au parlement et frère de l’épouse, Joseph de Beugny, avocat au Conseil d’Artois et beau-frère de l’épouse. Seul le dernier témoin, Adrien François Guislain Noël est négociant. Le couple a deux fils, Antoine Charles Constantn, futur académicien d’Arras et Ange Joseph Charles Buissart (Arras 1784–Aix Noulette 1842).
La Révolution donne un nouveau cours à sa carrière.
Ouvert aux idées nouvelles, il salue la réunion des États Généraux, participe au processus électoral qui mène à la rédaction des cahiers de doléances et à la désignation des députés du tiers, contribue à l’élection de son jeune ami Maximilien Robespierre. Sa carrière de magistrat se poursuit dans le nouveau cadre juridique mis en place par l’Assemblée constituante : d’abord nommé commissaire du roi en 1790, il est élu juge de paix cantonal par ses concitoyens en 1791, puis juge de district le 25 novembre 1792, et enfin président du tribunal de district en 1793.
Il fréquente la Société populaire d’Arras, animée par Augustin Robespierre au début de l’année 1792, puis quand celui-ci est élu représentant de Paris à la Convention en septembre 1792, entretient avec lui une correspondance régulière. Il espère par son intermédiaire conserver ses liens avec Maximilien, l’informer de la situation locale et obtenir en retour les mesures locales qu’il souhaite. En juillet 1793, il approuve encore totalement les actes de la Convention dirigée par les Montagnards. Il commence à s’inquiéter à l’automne 1793 quand Joseph Le Bon arrive dans le Pas-de-Calais comme représentant en mission avec les pleins pouvoirs. Sans s’opposer frontalement à lui, il désapprouve sa politique terroriste, et s’en tient éloigné.
Ayant vainement tenté d’« ouvrir les yeux » de Robespierre qui se méfie désormais de lui, Buissart se rapproche de son ancien collègue au Conseil d’Artois, Armand Guffroy (1742-1801). Devenu procureur du district d’Arras en 1792, puis député à la Convention siégeant avec les Montagnards, il est le principal opposant local à Le Bon et, sur le plan national, à la politique de « Terreur » du Comité de salut public. À la veille du 9 thermidor, il est l’un des neuf députés Montagnards chargés de préparer « la chute du tyran ».
Ce revirement de Buissart lui évite de trop pâtir de la chasse aux « terroristes » lors de la réaction thermidorienne. Il est pourtant sommé de se justifier et de nier son amitié avec Robespierre après la divulgation de la correspondance qu’il a entretenue avec lui. Habilement, il s’appuie sur ses amis de la Société populaire qui lui accordent un brevet de patriotisme et attestent de son désaccord avec « les hommes de sang ». Il conserve ainsi son poste de président du tribunal civil.
Avec le même opportunisme, il correspond avec Lazare Carnot, élu triomphalement au Corps législatif en octobre 1795 et devient, de 1795 à 1797, son informateur local. Carnot devenu directeur le 1er novembre 1795, le fait nommer commissaire du Directoire près les tribunaux. La chute de Carnot le 4 septembre 1797 calme ses velléités politiques et il s’en tient désormais à son rôle de magistrat.
Il a tout loisir de revenir à sa passion pour la physique à laquelle il n’a jamais totalement renoncé, puisqu’en 1790 il avait proposé à l’Assemblée Nationale un projet d’unification des poids et mesures, et qu’en 1792, de concert avec Carnot, Berthollet et Guyton de Morveau, il s’était intéressé « au parti qu’on pourrait tirer des ballons en les employant au service des armées en campagne ».
Durant le Consulat et l’Empire il reste dans l’ombre. Propriétaire très renté, il reprend sa bonne place dans la société arrageoise. Il est même nommé conseiller municipal sous la Restauration.
Le 15 mai 1817, Buissart étant l’un des cinq « survivants » de l’ancienne Académie, il est réinstallé d’office par le préfet Malouet pour constituer le premier noyau de l’Académie restaurée. Mais il démissionne immédiatement. Il est alors nommé membre honoraire. Malgré son grand âge, il participe parfois encore aux travaux de la Société. Le premier volume des Mémoires de l’Académie publie sa « Notice sur les clartés et les scintillations produites par la circulation du fluide électrique », (Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. I (1818), p. 535-546.
Il décède le 24 mai 1820, âgé de quatre-vingt-trois ans, en sa maison de la rue du Coclipas.
Sources
État civil : naissance, AD 62,5 MIR 041/12, p. 200/967 ; mariage, 5 MIR 041/21, p. 543-544/1466 ; décès, AD 62, 5 MIR 041/53, p. 766/1465.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p.54, 66, 92, 94, 95, 226, 256,
Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863], p. 430-432, 436, 438, 442-443, 460.
BARBIER Victor, « Antoine Buissart » in « Lettres inédites d’Augustin Robespierre à Antoine Buissart, précédées de notices biographiques », Mémoires de l’Académie d’Arras, 2e série, t. XXI (1890), p. 363-396.
JACOB Louis, « Un ami de Robespierre, Buissart (d’Arras) », Revue du Nord, tome 20, n°80, (novembre 1934), p. 277-294.
WALTER Gérard, « L’apprentissage d’un dictateur, Robespierre avant 1789 », Revue des Deux-Mondes, 106e année, 8e période, t. 33, 1er mai 1936, p. 614-648.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 27, 42, 60.