Arras (Saint-Nicolas-sur-les-Fossés) 08.02.1718 – Paris 16.05.1787 (?). Avocat au conseil provincial d’Artois et échevin d’Arras.
Élu pour succéder à l'avocat Philippe-Gabriel Garson de Quevaussart sur le 26e fauteuil, il est reçu le 26 février 1746 par le chancelier Louis Fruleux d'Attecourt. Il est remplacé en 1769 par le conseiller Antoine-François d'Hurtebize.
Il est l’aîné des neuf enfants de Charles Antoine Degouve (1692-1782), négociant en vins et de Marie-Brigitte Poiteau.
Il est reçu avocat au Conseil d’Artois le 13 octobre 1742, et élu échevin d’Arras.
Âgé de trente ans, il épouse à Arras (Saint-Géry), le 3 février 1748, Françoise-Rosalie-Dominique Bacler (1721-1760), fille d’Étienne Bacler, greffier civil de la ville d’Arras, et de Catherine Verdevoye. Signent comme témoins, son frère puiné Jacques François Degouve, marchand, Louis François Bacler, marchand-brasseur, et l’académicien Pierre François Galhault, avocat au Conseil d’Artois, échevin en exercice, député ordinaire aux États d’Artois.
Le couple donne naissance à un fils, Jean Charles Louis Degouve (1749-1819), le 29 janvier 1749.
Admis à l’Académie d’Arras en 1746, il s’y fait remarquer à deux reprises. Une première fois, avant même d’en être membre, en 1739, par une lettre audacieuse aux académiciens affirmant que les belles-lettres ont toujours été faiblement cultivées en Artois, ... un reste de grossièreté Belgique, mêlée avec des préjugés populaires, en a écarté les beaux-arts… La noblesse vivait dans une ignorante oisiveté ; le peuple, peu industrieux, ne pouvait franchir les bornes d’un commerce médiocre, et les ecclésiastiques se contentaient de psalmodier au lutrin, et d’entendre leur bréviaire... Contre l’humour grinçant de ce message, d’aucuns s’étaient empressés de protester vigoureusement.
Plus tard, devenu académicien, un de ses discours fait également grand bruit. Lors de la séance publique du 23 mars 1748, devant un parterre de plusieurs grandes dames de la haute société arrageoise, il lit une dissertation sur « les désavantages qui pourraient résulter pour les hommes d’enseigner les sciences aux femmes » : … La coquetterie n’est que l’art de tromper. Quand elles en seront convaincues, elles rejetteront un amusement qui, sans les dédommager, couvre de ridicule l’idole et ses adorateurs. Leur esprit s’exercera à démêler le vrai d’avec le faux, et le cœur, qui ne peut être vide, se remplira de l’amour de la vérité. Comme elles perdront le désir de plaire, elles en négligeront les moyens : la toilette abandonnée sera remplacée par une bibliothèque ; les bijoux n’auront plus d’éclat ; les billets doux seront changés en dissertations ... Si n’étant qu’aimables, elles obtiennent un culte idolâtre, que ne nous arracheraient-elles pas, si elles étaient aimables et savantes ?...
Le père Ignace qui rend compte de cette séance ajoute : « On a regardé cette pièce comme le plus joli morceau de littérature qu’on puisse entendre dans ce genre. Ce n’était qu’un jeu d’esprit, un beau rien, ce semble, mais on est convenu dans l’assemblée qu’on n’y avait point encore lu un discours aussi bien arrangé, soit pour la finesse des pensées que pour la noblesse des expressions ; chacun est convenu qu’elle était digne de l’impression. Mais l’auteur regarde cette pièce comme une pure bagatelle : il a refusé de la mettre au jour, quelque prière qu’on lui en ait faite ».
Sur le plan professionnel, Antoine Degouve devient progressivement un homme très puissant, cumulant des pouvoirs d’origine royale, provinciale, municipale : procureur du roi syndic de la ville d'Arras en 1755, subdélégué de l'intendant de Flandre et d’Artois entre 1750 et 1759, subdélégué d’Arras et de Lens de 1759 à 1762, procureur de la maréchaussée générale d’Artois, directeur des marais d’Artois. Il fait construire à Arras, en 1757, un bel hôtel particulier connu sous le nom d’Hôtel de Gouve ou la Verdure (rue Émile Legrelle au XXIe siècle).
C’est alors qu’éclate une affaire publique de grand retentissement qui l’oppose au comte Alexandre de Brandt de Marconne , premier échevin noble de la ville d’Arras.
En 1758, Marconne accuse Degouve de prévarication et d’imprudences financières dans sa charge, au détriment de la ville d’Arras. Degouve est en même temps poursuivi pour abus de pouvoir par la noblesse d’Artois qui demande sa destitution de la charge de directeur des marais. Menacé dans ses fonctions, excédé, Degouve se laisse aller à injurier publiquement le comte de Marconne le 6 février 1760. Celui-ci demande réparation devant les États d’Artois. Degouve pour se défendre monte l’échevinage entier et les représentants du tiers état d’Artois contre le comte de Marconne et contre le Conseil d’Artois. L’affaire, révélant que le corps municipal n’hésite plus à s’opposer à la haute magistrature, devient querelle d’institutions, et elle remonte jusqu’au Grand Conseil à Paris, qui, en 1762, donne tort à Degouve et confirme la supériorité du Conseil d’Artois au criminel.
Degouve quitte alors Arras pour Paris. Mais, grâce à ses appuis, il poursuit sa carrière en obtenant le 6 juillet 1762 la charge de procureur général à la cour des monnaies.
Sur ces entrefaites, le 8 février 1760, Antoine Degouve assiste comme parrain au baptême en l’église Saint-Étienne à Arras de Marie-Marguerite-Charlotte de Robespierre (1760-1839), sœur puinée de Maximilien.
La même année, le 2 juin 1760 son épouse Françoise Bacler décède, âgée de 39 ans ; elle est inhumée le surlendemain dans l’église paroissiale de Saint-Nicolas-sur-les-Fossés. Le deuil est conduit par leur fils unique, Jean Charles Louis Degouve, et par l’académicien Pierre-FrançoisGalhault, écuyer, conseiller secrétaire du roi, et conseiller pensionnaire de la ville et cité d’Arras.
Le 7 janvier 1767, Antoine Degouve se remarie à Paris, en l’église Saint-Étienne-du-Mont avec Justine Jeanne Mariette (1709-1782), veuve depuis 1765 de Jean Baptiste Chomel médecin à l’Hôtel-Dieu.
Il ne revient pas à Arras quand son père âgé de quatre-vingt-dix ans décède le 28 mars 1782. Il laisse son frère Jean Baptiste, le dernier de la fratrie, surintendant du Mont-de-piété, conduire le deuil, et présider le lendemain le service dans l’église Saint-Nicolas-sur-les-Fossés, avant l’inhumation dans le cimetière Saint-Nicaise, accompagné de Bon Lallart, receveur général des États d’Artois.
On ignore les circonstances de son propre décès le 16 mai 1787 à Paris, à l’âge de soixante-neuf ans.
Sources
État civil : naissance, AD 62, 5 MIR 041/9, p. 382/1426 ; premier mariage avec Françoise Bacler, AD 62, 5 MIR 041/5, p.114/1343 ; décès de Françoise Bacler, AD 62, 5 MIR 041/10, p. 422/1362 ; baptême de Charlotte de Robespierre, AD 62, 5 MIR 041/16, p.754/1382 ; second mariage avec Justine Mariette, Fond Andriveau - Paris - mariages - (1613-1805) ; décès de son père, AD 62, 5 MIR 041/10, p. 1061/1362.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p. 31, 72-73, 223, 224, 238.
Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863], p. 354-369, 411-412, 419-420, 422-423.
Bluche François, Les magistrats de la cour des Monnaies de Paris, Paris, 1966, et Jacques Bouclier, La cour des Monnaies de Paris à la fin de l’Ancien Régime, Paris, 1924.
Villers Robert, L’organisation du parlement de Paris et des conseils supérieurs d’après la réforme de Maupéou, Paris, 1937.
Forgeois Henri, Les pouvoirs de police de l’échevinage de la ville d’Arras en matière de voirie et de construction d’habitations, Lille, 1938.
SUEUR Philippe, Le Conseil provincial d’Artois (1640-1790), 1978., p. 740-744, 749.
Nolibos Alain, « Un ‘petit faubourg Saint-Germain’ à Arras » : « Les incidents se multiplièrent, le conseil d’Artois fut saisi et la procédure remonta jusqu’au Conseil du roi », MAA, 6e série, t. V, 1991-2006, p. 221-234, ici p. 232.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 16, 31.
Jean Pierre Diers